Chronologie
Quatre années qui ont changé le monde. De l'évacuation des camps à la naissance du droit international.
Débarquement de Normandie
Pendant que les Alliés débarquent en Normandie, l'extermination s'accélère. Quelques semaines après le D-Day, Himmler ordonne l'évacuation des camps pour effacer les traces.
La libération de l'Europe commence, mais pas celle des camps.
Déportation massive des Juifs hongrois
437 000 Juifs hongrois sont déportés à Auschwitz-Birkenau. 80% sont gazés immédiatement. C'est l'année la plus meurtrière à Auschwitz : 500 000 personnes assassinées.
L'extermination culmine alors que l'Allemagne recule sur tous les fronts.
Libération de Maïdanek
L'Armée rouge libère le camp de Maïdanek en Pologne. C'est le premier camp découvert par les Alliés. Les soldats soviétiques découvrent les chambres à gaz et les crématoires encore intacts.
Première confrontation avec la réalité de l'extermination.
Révolte du Sonderkommando
Les membres du Sonderkommando se révoltent à Birkenau. Ils parviennent à faire exploser l'un des crématoires. La révolte est écrasée, tous les participants sont exécutés.
Acte de résistance ultime dans l'enfer d'Auschwitz.
Raphaël Lemkin et le génocide
Publication d'Axis Rule in Occupied Europe. Lemkin nomme le "crime sans nom" : le génocide. Inspiré par le sort des Arméniens en 1915.
Un mot nouveau pour un crime sans précédent.
Libération de Natzweiler-Struthof
Les forces américaines libèrent le camp de Natzweiler-Struthof en Alsace annexée. C'est le seul camp de concentration sur le territoire français actuel.
Découverte de l'horreur concentrationnaire en France.
Les marches de la mort
60 000 à 70 000 déportés sont évacués d'Auschwitz-Birkenau. Un tiers périssent, exécutés, épuisés ou affamés. Ceux qui tombent sont immédiatement abattus.
L'horreur continue jusqu'aux derniers jours de la guerre.
Libération d'Auschwitz-Birkenau
L'Armée rouge libère Auschwitz. 7 000 détenus mourants sont découverts dans un camp qui en comptait 140 000. 1 million de Juifs y ont été assassinés, ainsi que 20 000 Tziganes et 15 000 prisonniers soviétiques.
Découverte de l'ampleur du génocide.
Libération de Buchenwald
Les déportés se soulèvent et libèrent eux-mêmes le camp avant l'arrivée des troupes américaines. Des unités américaines parviennent à Buchenwald le même jour.
Acte de résistance ultime : auto-libération.
Libération de Bergen-Belsen
Les forces britanniques libèrent Bergen-Belsen, ravagé par une épidémie massive de typhus. Anne Frank y est morte quelques semaines plus tôt. Simone Veil et Marceline Loridan-Ivens sont libérées.
Des milliers meurent encore dans les jours qui suivent la libération.
Capitulation de l'Allemagne
Capitulation allemande à Reims (7 mai), puis à Berlin (8 mai, 9 mai heure de Moscou). La guerre en Europe prend fin officiellement. Mais pour les survivants, le combat continue.
Fin de la Shoah et de l'univers concentrationnaire nazi.
Libération de Theresienstadt
L'Armée rouge libère Theresienstadt, dernier camp libéré. Ginette Kolinka et Anne-Lise Stern y retrouvent la liberté avant d'être rapatriées en France.
Fin définitive de l'univers concentrationnaire.
Hôtel Lutetia : le retour
L'hôtel Lutetia à Paris est réquisitionné par le ministère des Prisonniers, Déportés et Réfugiés. C'est là que les déportés sont accueillis. Des familles attendent, espèrent, pleurent.
Le retour impossible : beaucoup ne reviendront jamais.
Louise Alcan : "Retour à la vie"
Louise Alcan, survivante d'Auschwitz, publie son témoignage "Retour à la vie". L'un des premiers récits de rescapés juifs publiés en France.
La parole commence à émerger malgré l'indifférence.
Charte de Londres
Signature de la Charte de Londres instituant le Tribunal militaire international. Définition des trois chefs d'accusation dont le nouveau "crime contre l'humanité".
Naissance du droit pénal international moderne.
Ouverture du procès de Nuremberg
Première audience du Tribunal militaire international. 24 responsables nazis jugés. Le terme "génocide" figure dans l'acte d'accusation du 18 octobre 1945.
La justice internationale face aux crimes nazis.
La joie du retour ne saurait être totale : la barbarie nazie a laissé trop de cadavres derrière elle.
— Louise Alcan, juin 1945
Marie-Claude Vaillant-Couturier à Nuremberg
Marie-Claude Vaillant-Couturier témoigne au procès de Nuremberg. Déportée à Auschwitz puis Ravensbrück, elle décrit l'univers concentrationnaire avec une précision qui sidère la salle.
Le témoignage devient un moment fondateur du procès.
Résolution de l'ONU
L'Assemblée générale des Nations Unies précise la notion de crime contre l'humanité, définie par le juriste Hersch Lauterpacht.
Affirmation juridique du nouveau concept.
David Rousset : L'Univers concentrationnaire
Publication du livre de David Rousset qui reçoit le prix Renaudot. Premier grand texte analytique sur le système des camps. Rousset invente le terme "concentrationnaire".
Description de la société des camps.
Geneviève de Gaulle : "Le retour"
Éditorial du premier numéro de Voix et Visages, bulletin de l'ADIR. Geneviève de Gaulle évoque la difficulté du retour et la solidarité entre déportées.
« Nous avons besoin de notre camaraderie pour être dignes de notre nouvelle tâche humaine. »
Verdict de Nuremberg
Le verdict tombe : 12 condamnations à mort, 7 peines de prison, 3 acquittements. Paradoxalement, les condamnations pour crimes de guerre dominent sur celles pour crimes contre l'humanité.
Justice imparfaite mais fondatrice du droit international.
Procès de Hambourg (Ravensbrück)
Ouverture du procès de Ravensbrück devant une juridiction britannique. Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle sont observatrices. 16 accusés, 11 condamnations à mort.
Justice pour le camp de femmes de Ravensbrück.
Primo Levi : Si c'est un homme
Publication de Si c'est un homme. Le livre est ignoré à sa parution. Il faudra attendre les années 1960 pour qu'il trouve son public et devienne l'un des témoignages les plus lus au monde.
« J'ai écrit pour les morts. Pour que leurs noms ne disparaissent pas dans le néant. »
Robert Antelme : L'Espèce humaine
Publication de L'Espèce humaine. Méditation philosophique sur la déshumanisation et la persistance paradoxale de l'humanité dans les camps.
« Lorsque nous voulions dire : on a failli devenir des bêtes, nous ne disions rien. »
Création du Musée d'État d'Auschwitz
Le site d'Auschwitz-Birkenau devient un musée d'État en Pologne. Les survivants jouent un rôle dans sa création pour préserver la mémoire.
Premier lieu de mémoire institutionnel de la Shoah.
Catégorie "déportés résistants"
Création de la catégorie administrative "déportés résistants" qui distingue les résistants des "politiques" (dont les Juifs). Les résistants bénéficient d'avantages que n'ont pas les Juifs.
Hiérarchisation des victimes par l'État français.
Convention sur le génocide
Adoption par l'ONU à Paris, Palais de Chaillot. Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. Aboutissement du combat de Raphaël Lemkin. Entrée en vigueur : 12 janvier 1951.
Reconnaissance juridique internationale du génocide.
Déclaration universelle des droits de l'homme
Adoption par l'Assemblée générale de l'ONU. Vise à prévenir les crimes contre l'humanité. Texte fondateur du droit international moderne.
Réponse directe à la Shoah et aux crimes nazis.
Jamais je n'oublierai cette nuit, la première nuit de camp, qui a fait de ma vie une longue nuit.
— Elie Wiesel, La Nuit
1944-1948 : Quatre années qui ont changé le monde
De l'évacuation des camps à la Convention sur le génocide, ces quatre années ont vu se succéder l'horreur absolue, la libération, la justice et les premiers jalons de la mémoire.
Aujourd'hui, cette chronologie nous rappelle que l'histoire n'est pas linéaire. La libération ne signifie pas la fin de la souffrance. La justice reste imparfaite. La mémoire doit être constamment transmise.
Retour à l'accueilSources : Fondation pour la Mémoire de la Shoah, Mémorial de la Shoah, Archives nationales