1944-1948 - Journal de bord EMC
Institutions | 1944-1948 : Survivre, Témoigner, Juger
Reconstruction

Les Institutions

Organisations, associations et structures qui ont aidé les déportés, préservé la mémoire et construit la justice.

Un réseau de solidarité et de mémoire

Au retour des camps, les survivants ne trouvent pas seulement un pays dévasté par la guerre. Ils découvrent une société qui peine à les accueillir, à les comprendre, à les écouter.

Face à cette indifférence, des institutions se créent. Certaines naissent dès la clandestinité, d'autres à la Libération. Associations de déportés, organisations juives, ministères dédiés, tribunaux internationaux : un réseau se tisse pour aider, témoigner, juger, et préserver la mémoire.

Ces institutions jouent un rôle crucial dans la reconstruction des vies brisées et dans la transmission de l'histoire. Sans elles, la mémoire de la Shoah et de la déportation aurait pu s'effacer.

Institutions juives
Associations de déportés
Institutions gouvernementales
Organisations internationales

Chronologie de création

De la clandestinité en 1943 aux fondations actuelles : quatre-vingts ans d'engagement.

1943
CDJC (clandestin)

Isaac Schneersohn crée le Centre de Documentation Juive Contemporaine à Grenoble, en pleine clandestinité, pour documenter la persécution des Juifs en cours.

1944
Ministère des PDR

Création du ministère des Prisonniers, Déportés et Réfugiés, confié au grand résistant Henry Frenay, d'abord à Alger puis à Paris.

1945
ADIR, FNDIRP, Amicales

Dès les premiers jours du retour, les survivants créent des associations : ADIR, FNDIRP, Amicale d'Auschwitz, AADJF. Solidarité et représentation.

1945
Tribunal de Nuremberg

Institution du Tribunal militaire international par la Charte de Londres (8 août 1945). Ouverture du procès le 20 novembre 1945.

1947
Musée d'Auschwitz

Création du Musée d'État d'Auschwitz en Pologne. Les survivants jouent un rôle dans sa création pour préserver la mémoire du lieu.

1956
Mémorial du Martyr Juif Inconnu

Inauguration à Paris, à l'initiative d'Isaac Schneersohn. Premier lieu de mémoire dédié spécifiquement à la Shoah en France.

2005
Mémorial de la Shoah

Fusion du CDJC et du Mémorial du Martyr Juif Inconnu. Naissance du Mémorial de la Shoah, institution centrale de la mémoire en France.

Institutions juives

Organisations créées pour aider les rescapés juifs, documenter les crimes et reconstruire la vie juive en France.

Institution juive

Centre de Documentation Juive Contemporaine (CDJC)

Créé en avril 1943 (clandestin) - Officiel en juin 1945

Créé à Grenoble en pleine clandestinité par Isaac Schneersohn, le CDJC a pour mission de documenter la persécution des Juifs en cours. Des commissions couvrent tous les aspects : législation, déportation, spoliations. À la Libération, il devient officiel et publie la revue Le Monde Juif (1946).

« Quand survivre est l'impératif majeur, il est crucial de rassembler autant d'éléments que possible sur le drame en train d'advenir. »

Les informations collectées depuis 1943 servent à juger les dignitaires nazis à Nuremberg et Klaus Barbie en 1987. Le CDJC devient le Centre de documentation du Mémorial de la Shoah en 2005.

Fondateur : Isaac Schneersohn
Institutions juives

Associations de secours juives

1945-1948

Face à la situation spécifique des rescapés juifs (familles décimées, spoliations, exclusion des aides d'État), des associations juives jouent un rôle central. Elles agissent dans plusieurs domaines : obtention d'aides publiques, assistance mutuelle (vestiaire, dispensaire, cantine), aide à la reprise des études et du travail.

Mixed economy of Welfare : interaction constante entre État et associations pour pallier les manques des politiques publiques.

Union des sociétés juives de France (Farband) : tendance communiste/progressiste. Reconstruction de la vie culturelle yiddish (bibliothèques, chorales). Fédération des associations juives de France : tendance sioniste.

Association

AADJF - Association des Anciens Déportés Juifs de France

Créée en 1945

Créée dès 1945 par des survivants juifs, dont certains avaient été arrêtés en tant que résistants. L'AADJF représente la voix des survivants juifs et constitue une structure de solidarité essentielle.

Défense des droits des déportés juifs et transmission de la mémoire spécifique de la Shoah.

Associations de déportés

Solidarité entre rescapés, défense des droits, préservation de la mémoire collective.

Déportées résistantes

ADIR - Association des Déportées et Internées de la Résistance

Créée en 1945

Association regroupant les femmes déportées pour faits de résistance. Publication du bulletin mensuel Voix et Visages à partir de juin 1946. Geneviève de Gaulle signe l'éditorial du premier numéro : "Le retour".

« Nous avons la joie profonde et le réconfort de pouvoir dire en pesant notre solidarité d'autrefois et celle d'aujourd'hui : "Mes camarades". »

L'ADIR joue un rôle majeur dans la collecte de témoignages et l'organisation de la solidarité entre déportées. Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle en sont des figures emblématiques.

Déportés et internés

FNDIRP - Fédération Nationale des Déportés et Internés, Résistants et Patriotes

Créée en 1945

Grande fédération rassemblant les déportés résistants. Conservation d'archives essentielles (comme le dossier de Thérèse Lévy-Caen). Rôle majeur dans la défense des droits des déportés et la transmission de l'histoire.

Représentation politique et sociale des déportés résistants auprès des pouvoirs publics.
Survivants d'Auschwitz

Amicale d'Auschwitz et des camps de Haute Silésie

Créée en 1945

Association créée dès 1945 par les survivants d'Auschwitz-Birkenau. Regroupement des rescapés du camp devenu symbole de la Shoah. Solidarité spécifique autour de l'expérience commune.

Préservation de la mémoire d'Auschwitz et transmission aux nouvelles générations.

Fusionnera plus tard avec l'Union des Déportés d'Auschwitz (UDA), qui organise notamment des voyages à Auschwitz pour les lauréats du CNRD.

Ceux qui ont disparu à tout jamais n'existent plus que par nous et dans la pieuse fidélité de notre mémoire ; si nous perdions leur souvenir, ils n'existeraient plus du tout.

— Vladimir Jankélévitch, 1969

Institutions gouvernementales

Structures étatiques créées pour organiser le retour et l'accueil des déportés.

Gouvernemental

Ministère des Prisonniers, Déportés et Réfugiés (PDR)

1944-1947

Créé à Alger puis transféré à Paris, le ministère des PDR est confié à Henry Frenay, grand résistant. Son service de recherche, dirigé par Olga Wormser-Migot en 1944-45, tente de retrouver les déportés et prend progressivement conscience de l'ampleur de la destruction des Juifs d'Europe.

Organisation du rapatriement, accueil à l'Hôtel Lutetia (avril-août 1945), recherche des disparus.

Le ministère fait face à une tâche immense : environ 80 000 déportés pour faits de résistance, 76 000 Juifs déportés. L'Hôtel Lutetia devient le lieu symbolique du retour, où les familles attendent, espèrent, et souvent pleurent.

Ministre : Henry Frenay
Gouvernemental

Ministère des Anciens Combattants

1945-...

Gestion des pensions, des statuts (création de la catégorie "déportés résistants" en 1948), services d'identification et d'exhumation. Rôle crucial mais aussi controversé dans la hiérarchisation des victimes.

Les politiques d'assistance distinguent "déportés résistants" et "politiques" (dont les Juifs), créant une inégalité d'accès aux droits.

Organisations internationales

Instances créées pour juger les crimes et établir un droit international.

International

Tribunal Militaire International (Nuremberg)

8 août 1945 - 1er octobre 1946

Institué par la Charte de Londres du 8 août 1945, le TMI est créé par les gouvernements alliés pour juger les principaux responsables nazis. 24 accusés, 3 chefs d'accusation dont le nouveau "crime contre l'humanité".

Première instance de justice internationale de l'histoire. Fondation du droit pénal international moderne.

Ouverture du procès le 20 novembre 1945. Verdict le 1er octobre 1946 : 12 condamnations à mort, 7 peines de prison, 3 acquittements. Malgré ses limites, Nuremberg pose les bases d'une justice universelle.

International

Organisation des Nations Unies (ONU)

1945

L'ONU joue un rôle central dans la définition du nouveau droit international. Résolution du 13 février 1946 précisant la notion de crime contre l'humanité. Adoption de deux textes fondateurs en 1948.

9 décembre 1948 : Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide (Paris, Palais Chaillot). 10 décembre 1948 : Déclaration universelle des droits de l'homme.

Ces deux textes sont une réponse directe à la Shoah et aux crimes nazis. Ils posent les fondations d'un ordre juridique international visant à prévenir les crimes contre l'humanité.

International

Croix-Rouge Internationale

1863-...

Rôle dans la recherche des disparus après la guerre. Visite controversée du camp-ghetto de Theresienstadt pendant la guerre, utilisée par les nazis comme vitrine de propagande.

Aide humanitaire et recherches de personnes déplacées dans l'immédiat après-guerre.

L'héritage aujourd'hui

Fondations et institutions contemporaines qui perpétuent la mémoire et la recherche.

Mémoriel

Mémorial de la Shoah

2005 (héritier du CDJC créé en 1943)

Né de la fusion du CDJC et du Mémorial du Martyr Juif Inconnu (inauguré en 1956 par Isaac Schneersohn). Le Mémorial de la Shoah est aujourd'hui l'institution centrale de la mémoire de la Shoah en France.

Centre de documentation, musée, lieu de mémoire, centre éducatif. Plus de 80 ans d'archives et de témoignages.
Fondation

Fondation pour la Mémoire de la Shoah

2000

Soutien à la recherche, à la pédagogie, à la transmission. Co-coordinatrice de la brochure CNRD 2025-2026. Financement de projets mémoriels, éducatifs et de recherche.

Perpétuer la mémoire de la Shoah et soutenir la recherche historique.
Fondation

Fondation pour la Mémoire de la Déportation

1990

Créée par les grandes associations de déportés. Soutien à l'enseignement de l'histoire de la déportation. Co-coordinatrice de la brochure CNRD 2025-2026.

Transmission de l'histoire de la déportation résistante et raciale aux nouvelles générations.

Un réseau vivant

Ces institutions, nées dans l'urgence du retour ou créées au fil des décennies, forment un réseau vivant de solidarité, de mémoire et de transmission. Sans elles, l'histoire de la Shoah et de la déportation n'aurait pu être documentée, préservée, enseignée.

Aujourd'hui encore, elles œuvrent pour que la mémoire ne s'efface pas, pour que les témoignages continuent d'être entendus, pour que l'histoire serve de leçon aux générations futures.

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Sources : Mémorial de la Shoah, Fondation pour la Mémoire de la Déportation, Archives nationales